La Dissociation Structurelle Trauma Complexe

Comprendre la Dissociation Structurelle

« J’ai l’impression d’être deux personnes différentes. » « Une partie de moi veut avancer, mais une autre me sabote constamment. » « Je ne me reconnais pas quand je suis en colère. » « Je ne suis plus le/la même dans ces moments là. »

Si ces phrases résonnent en vous, vous ne devenez pas fou/folle. Vous faites probablement l’expérience de ce que les experts du psychotrauma appellent la Dissociation Structurelle.

C’est un terme technique qui peut faire peur, mais qui décrit en réalité un mécanisme de survie brillant mis en place par votre cerveau face à l’insupportable.

En tant que thérapeute spécialisée dans le Trauma Complexe, je vous propose de décrypter ce fonctionnement pour mieux comprendre ce qui se joue à l’intérieur de vous.

La Dissociation : Un « Disjoncteur » Psychique

Imaginez votre maison. Si la foudre tombe dessus et crée une surtension massive, le disjoncteur saute. Pourquoi ? Pour éviter que la maison ne brûle. Certaines pièces n’ont plus de lumière, mais la structure est sauvée.

Le cerveau humain fait exactement la même chose face à un traumatisme (abus, négligence, violence). Quand la douleur ou la peur sont trop intenses pour être ressenties, le cerveau « disjoncte ». Il sépare l’expérience en plusieurs morceaux pour la rendre gérable.

C’est ce qu’on appelle la dissociation structurelle.

Les deux acteurs principaux : ANP et EP

Selon la théorie de la dissociation structurelle (développée par Van der Hart, Nijenhuis et Steele), la personnalité se divise principalement en deux types de « systèmes » ou de « parts » :

1. La Partie Apparemment Normale (ANP)

C’est la partie de vous qui gère le quotidien. C’est elle qui va au travail, qui fait les courses, qui s’occupe des enfants et qui sourit en société.

  • Son but : Continuer à vivre « comme si de rien n’était ».
  • Sa stratégie : Éviter à tout prix les souvenirs du trauma et les émotions douloureuses. Elle est souvent coupée de ses ressentis corporels (anesthésie émotionnelle).

2. La Partie Émotionnelle (EP)

C’est la partie (ou les parties) qui est restée coincée dans le moment du traumatisme. Elle porte la terreur, la honte, la rage ou le désespoir.

  • Son but : Assurer votre survie face à une menace (même si la menace est passée depuis 20 ans).
  • Sa stratégie : La défense (Attaque, Fuite ou Figement). Quand elle est activée, vous pouvez vous sentir submergé, paniqué ou en colère de manière disproportionnée.

Le Conflit Intérieur : La « Phobie du Soi »

Le grand drame du trauma complexe, c’est que ces deux parties ne s’entendent pas.

L’ANP (le « manager » du quotidien) déteste l’EP. Elle la juge « faible », « hystérique », « dangereuse » ou « honteuse ». Elle essaie de la faire taire (par le travail excessif, les addictions, ou le déni). L’EP, de son côté, se sent abandonnée et crie de plus en plus fort pour être entendue (crises d’angoisse, somatisations, flashbacks).

C’est ce qui crée cette fatigue chronique et ce sentiment de guerre civile intérieure.

Les 3 Niveaux de Dissociation

Il est important de noter que la dissociation existe sur un spectre :

  1. Dissociation Primaire (PTSD simple) : Une ANP dominante et une seule EP (liée à un événement unique).
  2. Dissociation Secondaire (Trauma Complexe / C-PTSD / Borderline) : Une ANP et plusieurs EP. C’est fréquent quand les traumas ont été répétés. On a des parties « en colère », des parties « bébé », des parties « honteuses ».
  3. Dissociation Tertiaire (TDI – Trouble Dissociatif de l’Identité) : Plusieurs ANP et plusieurs EP. Les différentes parties peuvent prendre le contrôle complet à tour de rôle, souvent avec amnésie.

Comment savoir si je suis concerné(e) ?

La dissociation structurelle se manifeste souvent par :

  • Des changements d’humeur brutaux : Passer du calme plat à une rage intense en une seconde.
  • La dépersonnalisation : Avoir l’impression d’être spectateur de sa vie, ou de flotter hors de son corps.
  • Des trous de mémoire : Oublier des pans de son enfance ou des conversations récentes.
  • Des conflits internes : « Je veux guérir » (ANP) vs « C’est trop dangereux » (EP).
  • Des symptômes physiques inexpliqués : Douleurs chroniques sans cause médicale (le corps se souvient).

La Guérison : De la Guerre à la Collaboration

La bonne nouvelle, c’est que cette structure n’est pas figée. La neuroplasticité permet de changer les choses.

L’objectif de la thérapie (notamment avec la méthode TIST ou l’IFS) n’est pas de supprimer les parties, mais de les reconnecter. On ne cherche pas à « tuer » la partie en colère, on cherche à comprendre de quoi elle essaie de nous protéger.

Le chemin de guérison consiste à :

  1. Reconnaître l’existence de ces parties.
  2. Abaisser la « phobie » entre l’ANP et l’EP (apprendre à s’accueillir soi-même).
  3. Développer une « co-conscience » : être capable de ressentir une émotion difficile sans être submergé par elle.

Conclusion

Si vous vous reconnaissez dans cette description, sachez que votre fonctionnement est logique. Votre cerveau vous a sauvé la vie en vous divisant. Aujourd’hui, avec l’aide appropriée, vous pouvez remercier ces mécanismes de survie pour leur service, et leur apprendre qu’il est désormais possible de vivre unifié, en sécurité.


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